La rencontre du pratiquant avec l’exercice, la sensibilité et la technique.

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La pratique, au sens noble du terme, n’est pas simplement l’apprentissage d’une forme particulière de mouvement; c’est aussi une perception sensible et ouverte. Aussi le sens de l’exercice n’est pas la réalisation rigide, automatique d’un geste ou d’une posture déjà connus, mais le développement, à travers la pratique, d’une sensibilité nouvelle en relation avec l’espace et l’énergie. Le cœur de l’exercice est chaleur, écoute dans la stabilité, silence dans le mouvement.

Etre présent dans les postures, dans les gestes des différents exercices du TaiJi Quan & Qi Gong, il n’y a pas autre chose à chercher. Extérieurement le mouvement est sans rupture. Intérieurement son goût devient plein et ouvert à l’espace. Ce goût ne peut être saisi, il apparaît avec la pratique et résonne au-delà de la pratique. Cela demande de l’attention.

Devenir de plus en plus sensible dans le mouvement ne signifie pas s’y diluer sans racines. Devenir de plus en plus précis dans la technique ne signifie pas devenir technicien. Il arrive que, dans la pratique, on ait l’impression de gagner en sensibilité et de lâcher un peu la technique ou bien de gagner en précision et d’être moins sensible. Mais la pratique bien sereine unit ces deux pôles. Il s’agit progressivement de devenir un avec la technique. Etre la technique, au sens profond, c’est être présent, c’est sentir, c’est s’oublier dans le mouvement. Alors le TaiJi est un art et une méditation…

L’attention silencieuse éveille un sentiment de présence dans la pratique. Ce silence n’est pas simplement celui que procure un endroit calme. Le mental ne doit pas être focalisé sur l’attente d’un quelconque ressenti ou résultat, il s’agit d’une certaine manière de laisser faire et laisser venir à soi (Wuwei) pour mieux faire corps et vie. C’est un silence intérieur où l’activité mentale s’apaise pour s’ouvrir à la perception sensible de l’ « ici et maintenant ». Dans l’expérience consciente de la posture et du geste silencieux se découvre alors l’union de l’immobilité et du mouvement …

Lionel Séité

Dans les jardins de Tai Miao. Le matin à l’aube. Pékin décembre 1948. Exposition Cartier Bresson.

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