Garder l’Un, se centrer pour mieux s’ouvrir

Dans le taoïsme, « Garder l’Un » 守一 (Shou Yi) désigne une notion fondamentale de recentrage sur l’unité fondamentale. L’Un renvoie à ce qui précède la dispersion des phénomènes : la source, le principe primordial, ce par quoi le vivant se déploie dans les êtres et leur donne puissance et cohérence.
Dans les traditions taoïstes, Shou Yi ne reste pas une simple idée philosophique : c’est avant tout une méthode de pratique, une voie majeure de longévité, d’équilibre énergétique et de développement spirituel. Elle consiste à rassembler l’esprit dispersé en calmant l’agitation mentale et émotionnelle, unifier l’attention, recueillir l’énergie pour régénérer la vitalité, puis conserver cette unité dans le corps-esprit.
À partir de ce principe, garder l’Un permet d’établir un centre. Ce centre n’est pas seulement une zone corporelle qui agit comme lieu de condensation du souffle, d’enracinement et de recentrage, c’est d’abord une fonction d’unification. Il désigne ce à partir de quoi le corps, le souffle et l’esprit peuvent se rassembler, se réguler et agir de manière cohérente. Le centre est ce qui donne de la stabilité sans rigidité, de la disponibilité sans dispersion, et une continuité intérieure dans l’immobilité comme dans le mouvement.
Le centre est une qualité de présence et donne un point d’appui à partir duquel le geste peut se déployer avec justesse, le souffle circuler harmonieusement, et la relation s’ouvrir sans perte de soi. Dans cette perspective, être centré permet de disposer d’une base suffisamment stable pour pouvoir s’ouvrir, écouter, agir et répondre sans se dissocier ou se disperser.

            Maître Sifu Loan Cheng Feng